Clermont - Toulon : une finale inédite, entre rebelles, un combat des chefs qui fait saliver

TOULON - CLERMONT / FINALE JOUR J-1 , CE DIMANCHE À 21 H AU STADE DE FRANCE.- Nous voilà au pied de l'Everest du rugby français. Clermont - Toulon finale inédite certes, mais finale idéale de cette décennie où Toulonnais et Clermontois ont rayonné. C'est l'heure de vérité pour Clermont grandissime favori. Le stade sera derrière l'ASMC, la France poussera derrière Clermont. Sept ans après son seul sacre face à l'USAP, Clermont, le rebelle veut enfin éviter tout nouveau braquage au moment où le rugby français a les yeux braqués sur ce combat des chefs.
Damien Penaud, le centre Clermontois en est le symbole. La jeunesse clermontoise est planétaire. C’est l’air du temps, d’un rugby mondialisé, professionnalisé où les Auvergnats ont, très vite, pris le parti de ne pas nécessairement batailler sur le terrain des meilleurs joueurs du marché ovale. Mais de jouer la carte jeune. De la formation.

1.Une finale forte
d'une belle opposition de style
 
Tout les sépare ou presque. Entre un Toulon qui a enquillé les titres et les trophées durant cette décennie et un Clermont qui attaque ce dimanche (21 heures) sa 13e finale en n'ayant brandi qu'une seule fois le Brennus, c'était il y a 7 ans, face à l'USAP, il y a un monde. Et pourtant si cette finale est aussi la promesse d'une belle opposition de style, en cherchant bien, on a trouvé un point commun. Un seul, entre ces deux équipes ? Franchement, pas simple à trouver à première vue.
Sur le papier, l’exercice clermontois fut un long fleuve tranquille et serein qui a mené le club à deux finales dans la même saison. À l’inverse, celui de Toulon s’apparente davantage à une tempête permanente, bien trop agitée et récurrente pour y déceler le moindre déclic.
Et pourtant, lorsqu’on se penche avec précision sur les derniers mois auvergnats et varois, puis surtout lorsque l’on gratte derrière les simples impressions, il apparaît qu’il existe effectivement des décisions et des actes décisifs. La faute à qui ? À l'incontournable boss toulonnais, Mourad Boudjellal qui a enfin trouvé la bonne formule dans son staff, celui où les champions de la Rade ont enfin fait ressurgir leur âme de compétiteurs sur le terrain.

La faute encore à coach Franck Azéma qui n’a pas hésité à couper des têtes dans son effectif clermontois pour éviter de tomber dans la platitude, celui où ses hommes ont su dire leurs vérités en face au cœur d’un vestiaire que l’on croyait en manque de caractère.
Dans des styles et des contextes opposés, les hommes du RCT et ceux de l’ASMCA ont su se révolter. C'est la promesse d'une finale entre deux rebelles, deux révoltés qui certes se respectent et qui ne se feront pas de cadeau. Une finale qui risque de se régler par un K.O. La finale idéale ? Pas sûr. Mais c'est celle qui fait saliver les puristes et tous les autres.
 

2.Une finale pas
polémique, très fair-play
 
On en connaît un qui n'aurait pas misé le moindre euro sur cette finale inédite de Top 14. Mourad Boudjellal a toujours une bonne phrase quand il reçoit un promu, signe un joueur ou en vire un autre. Alors, quand il prépare une finale, il vaut mieux être très attentif. Ouvrez les micros, ça va défourailler :  "Si on m’avait dit qu’on serait en finale, je ne l’aurais pas cru. Et je suis sincère. C’est déjà pas mal de faire six demi-finales à la suite. Si la vie veut nous en donner un peu plus on prendra, mais faut déjà savoir se contenter de ce que l’on a. "
Pas un coup de lame, pas une saillie épileptique contre la Ligue, le stade, le ciel, les oiseaux et la mer ? Rien sur l’adversaire ? "Je suis content d’être face à eux, d’être face à Michelin comme propriétaire de club. Mais je n’ai pas envie d’allumer Clermont où Il y a un vrai public. La finale du Top 14 représente la vitrine de notre championnat et ça me paraît important pour notre sport que tout se passe dans l’esprit du rugby, avec du fair-play. Je pense vraiment que le rugby en a besoin. Je ne mettrai pas de l’huile sur le feu. […] Faut reconnaître quand les gens bossent bien et Clermont a bien bossé."
 
3.Une finale qui doit sacrer
un rugby offensif et ambitieux
 

Boudjellal n’est jamais là où on l’attend. Et pour une fois, on trouverait un fond de vrai à son propos. Non pas qu’il se contentera, beau perdant, d’une place de finaliste. Mais Clermont, pour toute son antériorité, mérite certainement plus que quiconque ce bouclier. Il le mérite peut-être plus que jamais, dans la longue énumération de défaites en finale qui fait son histoire.
Entre autre intervention plus posée qu’à l’habitude, Boudjellal livrait également cette sensation, largement partagée : "Je sais que le stade sera derrière eux, que la France pousse derrière Clermont. "

Ce n’est pas tant de savoir lequel fait jouer le plus de Français ou d’étrangers, lequel tient la communication la plus sympathique ou la plus «valeurs» (sic). C’est plutôt une forme de morale à laquelle les amateurs du rugby français aspirent: que le champion soit, à nouveau, une équipe au rugby ambitieux. Les demi-finales ont assis ces profils. Toulon n’a pas son pareil pour «destroncher» l’adversaire, détruire ses rucks, fracasser ses lancements et démembrer ses hommes sur la ligne d’avantage. C’est respectable et la recette a tenu La Rochelle en échec. Mais Clermont a produit tout autre chose: une quête constante de vitesse, de création et de mise à mal de l’adversaire par la recherche de l’intervalle, plutôt que de l’homme.

4.Une finale, ça se
gagne chers Clermontois
 
C’est aussi une nouveauté à Clermont, à ce stade de la compétition. Les Auvergnats apparaissent soulagés d’un poids, depuis la défaite face aux Saracens et les traces qu’elle a laissé. "Dans les commentaires, tout le monde a été gentil avec nous après Murrayfield, reconnaissait Rémi Lamerat, samedi sur le parvis du Vélodrome de Marseille. "Certes, les Saracens sont très forts. Mais nous n’avons jamais joué notre jeu. Nous avions préparé ce match en réfléchissant à contrer les « Sarries », jamais en pensant à ce que nous allions faire. On n’a plus envie de revivre ça. Ce qui importe désormais, c’est notre rugby."

L’Anglais Nick Abendanon assumait cette même envie. "Il faut prendre conscience de la qualité de notre jeu. Il ne faut plus hésiter à tenir le ballon, s’installer dans notre rugby et avoir confiance en ces plans de jeu qui nous ont permis d’obtenir de bons résultats cette saison. Une finale ou une demi-finale reste un match, il n’y a pas de raison que notre rugby n’y fonctionne plus".

Pour Clermont, il est l’heure de couronner ce rugby flamboyant, unanimement salué, d’un titre tant attendu depuis sept années systématiquement gâchées par les inhibitions du mois de mai. "On va jouer notre rugby, il n’y a pas de raisons de faire autrement. Reste à savoir si on parviendra à le mettre en place, face à la férocité que nous proposera l’adversaire", se méfieFranck Azéma.
La balle est dans le camp de ses joueurs. Mais que les Clermontois ne perdent pas de vue qu'une finale, d'abord ça se gagne.

SAINT DENIS (Stade de France).- Clermont - Toulon, finale du Top 14, coup d'envoi ce dimanche à 21 heures, match retransmis en direct sur Canal +.
 
LES ÉQUIPES
 
CLERMONT : Abendanon -Strettle, Penaud, Lamerat, Raka - (o) Lopez, (m) Parra - Cancoriet, Lee, Chouly (cap) - Timani, Iturria - Zirakashvili, Kayser, Chaume.

Sur le banc : Ulugia, Falgou, Jedrasiak, Yato , Radosavljevic , Fernandez, Rougerie et Jarvis.

* Annoncé blessé jusqu’à la fin de saison, l’Australien Timani effectuera finalement un retour express. Il a été testé une dernière fois ce vendredi et fera partie du groupe des 23 Clermontois. C'est le seul changement dans la composition d’équipe.
 
TOULON : O'Connor - Tuisova, Bastareaud, Ma'a Nonu, Mitchell- (o) Belleau, (m) Tillous-Borde - Gill, Vermeulen (cap), Smith - Taofifenua, Kruger - Van der Merwe, Guirado, Delbouldés
Sur le banc : Etrillard, Chiocci, Gorgodze, Fernandez Lobbe, Escande, Giteau, Trinh-Duc et Chilachava

* Pour cette finale de Top14, le staff Toulonnais devra se passer des services de Vincent Clerc (tendon d’Achille), Anthony Méric (genou), Jean-Charles Orioli (genou), Jonathan Pélissié (genou), Charles Ollivon (épaule) et Samu Manoa (main).
Il pourra en revanche compter sur les retours de François Trinh-Duc (cuisse gauche), Bryan Habana (genou), Levan Chilachava (cou) et Laurent Delboulbès (épaule). Ma’a Nonu, bsent pour des raisons personnelles en demi-finale, le centre néo-zélandais tiendra bien sa place au côté de Mathieu Bastareaud.

 
 
 
 

LES ARBITRES

Arbitre central : M. Romain Poite.
Juges de touche : Charabas (CBL) et Chalon (LIM).
Vidéo : Garces (Béarn).

LES PALMARÈS
 
Il n'y a pas photo, avantage très net à Toulon
 
Toulon : champion d’Europe 2013, 2014, 2015, champion de France 1931, 1987, 1992, 2014, champion de France de Pro D2 2005, 2008, vainqueur du Challenge Yves du Manoir 1934, 1970.

Clermont : champion de France 2010, vainqueur du Challenge européen 1999 et 2007, vainqueur du Challenge Yves du Manoir 1938, 1976, 1986.