Ancien talonneur de Versailles, le kiné ostéopathe Jean-Michel Grand, employé à plein temps par les Dragons Catalans depuis le 3 janvier dernier, a fait partie du staff médical du XV de France des moins de 21 ans (2001-2005), de l'USAP (2005-2008), du LOU jusqu'à la saison passée, et du XV de France de Marc Lièvremont jusqu'au terme de la Coupe du monde 2011. Il ouvrira en septembre prochain à Sainte-Marie-la-Mer un centre de reconditionnement au sport. "Je continuerai d'oeuvrer au sein des Dragons, mais à mi-temps cette fois", explique le souriant spécialiste de la traumatologie du sport, âgé de 38 ans.
Que saviez-vous du rugby à XIII, en intégrant le club des Dragons ?
"Pour avoir effectué plusieurs périples avec les tricolores dans l'hémisphère sud, où ce sport est omniprésent, j'avais regardé de nombreux matchs à la télé, mais j'ai vu mon premier match de près lors de la venue de Wakefield à Brutus."
Votre première impression ?
"J'ai pris beaucoup de plaisir, et je comprend mieux pourquoi à XIII on dénombre autant de lésions des membres supérieurs. Car autant à XV on passe souvent par le sol, autant à XIII les chocs sont hauts, entre les joueurs. C'est aussi pour cette raison que les treizistes sont plus forts musculairement en haut du corps qu'en bas, puisqu'on plaque aux jambes en second, alors que c'est l'inverse à XV."
Quels joueurs avez-vous plus particulièrement remarqué ?
"Les deux nouveaux, Louis Anderson et Leon Pryce, pétris de talent, et Lopini Paea, qui avance sans cesse."
Un mot sur le deuxième match de préparation face aux London Broncos ?
"La même notion de spectacle que le samedi précédent. Et ce qui dans les deux cas m'a frappé, c'est que nous ne trouvons jamais le temps de soigner les joueurs, tellement les arrêts de jeu sont rares."
"WILLIAM SERVAT, TRÈS DENSE MUSCULAIREMENT"
Quel joueur est le plus difficile à masser, chez les Dragons ?
"Lopini Paea, tout en muscles. On ne peut plus rien remplir, de ce côté-là !"
Et au sein du XV de France ?
"William Servat, très dense musculairement."
Qu'espérez-vous apporter aux Dragons ?
"Notre but, avec Jean-Claude Pignol, le plus expérimenté d'entre nous pour être intervenu à tous les matchs depuis 2006, et Jérôme Gambier (ndlr : ce dernier, qui possède un cabinet à Carcassonne, sera l'autre kiné de l'équipe aux côtés de Jean-Claude Pignol lors d'un match sur trois, Jean-Michel Grand officiant lors des deux autres), consiste à améliorer le secteur de la prévention des blessures. Nous ferons en sorte de mieux identifier les facteurs de risques, de corriger les anomalies posturales, de dresser un bilan personnel de chaque joueur, à partir de quoi des protocoles individualisés seront mis en place."
Quels soins apportez-vous, actuellement, à Jean-Philippe Baile ?
"On le remuscle, après sa lésion du pectoral, en attendant la cicatrisation, car il lui faut retrouver force et mobilité."
MANNY EDMONDS À L'ENTRAÎNEMENT DES DRAGONS
Etant à l'USAP lors de l'arrivée des Dragons en Super League, comment était perçue celle-ci, au sein du staff ?
"Nous étions à l'écoute des résultats sportifs. Les joueurs étrangers des deux clubs se fréquentaient d'ailleurs régulièrement. Tout comme Olivier Barbier, un des préparateurs physiques de l'USAP, et Guillaume Ollivier, un de ceux des Dragons, continuent aujourd'hui d'échanger leurs propres expériences. Et Manny Edmonds (ndlr : intervenant en technique individuelle auprès des Espoirs de l'USAP) a été vu récemment à l'entraînement des Dragons."
De quels joueurs étiez-vous humainement le plus proche, à l'USAP ?
"David Marty, plus ceux que j'avais connu avec les moins de 21 ans tricolores, Adrian Planté, Guilhem Guirado, Jean-Philippe Grandclaude…"
Le joueur le plus doué fréquenté avec les moins de 21 ans ?
"Vincent Clerc, encore à Grenoble à l'époque, et qui était surclassé. Pour son premier match avec nous, face à l'Australie, qui nous avait nettement dominés, il avait inscrit deux essais."
BAR À EAU : BREVET DÉPOSÉ
Quel a été le problème physique le plus difficile à résoudre, lors de la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande ?
"Le défi était énorme, car sur les 33 joueurs en stage de préparation, huit étaient invalides au départ. Il nous a donc fallu faire de la rééducation, avec un fonctionnement de club, pas de sélection, où d'ordinaire un joueur blessé en équipe de France regagne son club pour s'y faire soigner."
Imanol Harinordoquy racontait dernièrement avoir été impressionné par le fait qu'avant le Mondial vous le faisiez marcher au fond de l'eau, lesté de sacs de plomb…
"En mai, il avait des difficultés à marcher. Le travail avec lui a été long, et fastidieux, pour soigner son aponévrose du pied. On utilise aussi des plate-formes oscillantes, destinées à simuler l'amortissement du pied, afin de limiter les contraintes dues au contact de ce dernier avec le sol."
Parlez-nous de votre invention, le bar à eau…
"Cet outil innovant et hygiénique, dont le brevet est déposé, a été expérimenté lors de la Coupe du monde 2011, et il est désormais à la disposition des Dragons. Il contient 40 logements individuels et numérotés, évitant ainsi à un joueur d'utiliser le bidon d'un autre."
"CELA NE GÊNAIT PAS MARC LIÈVREMONT DE VEXER LES JOUEURS"
Comment avez-vous vécu les relations parfois tendues entre Marc Lièvremont et ses joueurs, en Nouvelle-Zélande ?
"L'osmose, au sein du staff médical, était parfaite. Je travaillais déjà avec le docteur Hager, au LOU, et Michell Riff (ndlr : de Font-Romeu, un des conférenciers de la première édition de l'Université du Rugby chère au Cercle Rugby Galilée) est un gros bosseur. Pour le reste, si les gens ont eu l'impression que les joueurs avaient pris le pouvoir, c'est en fait Marc qui le leur avait donné. Il y a bien eu des frictions, inhérentes à toute vie de groupe, surtout sur une aussi longue période, mais ce qu'on en a raconté à l'extérieur était disproportionné. Pour autant, cela ne gênait pas Marc de vexer les joueurs, mais il avait aussi pour eux des mots affectueux. En fait, on pourrait s'interroger de savoir pourquoi ce sont les clubs ayant à leurs têtes des leaders au fort caractère, et respectés, comme Guy Novès au Stade Toulousain, ou Vern Cotter à Clermont, qui réussissent le mieux, et non pas ceux qui virent leurs entraîneurs sous la pression des joueurs. Au bout du compte, nous avons vécu une grande aventure humaine, et le final a été d'autant plus beau que tout cela s'est construit dans l'adversité."
Quel autre sport, désormais, aimeriez-vous approcher ?
"Le football américain et le rugby à 7, mais je suis surtout content de m'être posé, ici, après avoir beaucoup bourlingué."
Pour finir, à quoi ressemblera la structure que vous faites actuellement construire, à Sainte-Marie ?
"Les sportifs y seront accueillis dès la prise en charge clinique jusqu'à la phase terminale de réathlétisation, et je serais entouré d'un podologue du sport, d'un diététicien, d'un préparateur physique, et d'un orthoptiste, car les troubles de la vue influent sur l'attitude physique."