France-All Blacks, c'est la tournée du patron, mais qui va trinquer ?

TEST MATCH / FRANCE - NOUVELLE-ZELANDE, CE SAMEDI À 21H AU STADE DE FRANCE.- Cette tournée risque d'être redoutable et redoutée. Les Bleus vont défier la Nouvelle Zelande, la référence mondiale, par deux fois. D'abord samedi à Saint-Denis puis mardi prochain à Lyon avant de se mesurer aux Springboks et aux Japonais. Sous la pression du président Laporte. Avec une équipe jeune et inexpérimentée. Ou ça passe ou ça casse. En avant la bleusaille face à une meute black plus mature que jamais.
Louis Picamoles et les Bleus vont devoir affronter ces diables All,Blacks qui se sont déjà envoyés devant l'Arc de Triomphe de Paris en signant un Haka original sous la férule de l'ex Toulonnais SB. Williams

1. Les Bleus face à un temps de travail inédit
 
Le rugby francaìs se veut original. Il en veut toujours plus même s'il n'en a plus les moyens. Le calendrier initial de cette tournée de novembre se suffisait à lui-même. Bernard Laporte, notre bon président a souhaité insérer, entre deux tests à valeur réelle, un objet marketing non identifié.
Un match de semaine entre la réserve des All Blacks et un quinze de France « bis » avec 48 heures pour se préparer au complet. Cette rencontre, mardi prochain à Lyon, se retrouve placée seulement trois jours après un premier choc face à ces mêmes doubles champions du monde au Stade de France (samedi 11) et quatre jours avant le deuxième de la tournée face aux Springboks (samedi 18), toujours à Saint-Denis...
 
Il faut une cohérence toute personnelle à sa propre politique pour s'évertuer à dégager un temps de travail inédit à l'équipe de France, grâce à des avenants à la convention FFR-LNR qualifiés à raison d'"historiques"pour finalement réussir à placer cette rencontre dans une telle urgence pour une poignée d'euros supplémentaires. D'autant que l'hyperactif boss du rugby tricolore a, histoire de charger un peu la mule, fixé un objectif de résultats : trois victoires sur les quatre sorties de novembre, le Japon venant refermer la fenêtre internationale des Bleus le 25 novembre.
Un challenge épais, car il faudrait d'abord battre la Nouvelle-Zélande au moins une fois, ce qui serait déjà immense, puis disposer des Springboks, lesquels n'avaient laissé aucune chance aux Français en tournée. Trois défaites en trois tests, c'était en juin dernier. Ce qui n'est pas très clair, en revanche, ce sont les conséquences d'un éventuel échec.
 
Il y aurait du changement, croyait-on comprendre dans le fracas des diverses déclarations du patron. Et puis en fait non. Aucune tête ne devrait rouler, Laporte rappelant en toute occasion la grande confiance qu'il place en son sélectionneur Guy Novès et son staff. Une autre tête pourrait apparaître à ses côtés ? Au-dessus ? Cela s'est déjà vu, mais rien de sûr.
En attendant, le président de la FFR doit déjà se satisfaire de la revue d'effectif entreprise par l'encadrement tricolore. Il le lui a réclamé avec pertes et fracas. En avant la bleusaille même si elle n'a aucune expérience internationale, puisque c'est dans l'air du temps et ça fait chic.Des jeunes sont arrivés, en nombre. Une ouverture anticipée par le staff après la triple raclée sud-africaine de juin, laquelle, si elle devait conduire à un succès cet automne, serait à mettre à leur crédit. C'est pas gagné, loin de là.
 
2. Les Bleus face au défi d'une vie
 
Maintenant, il est temps de parler de ce France-Nouvelle Zélande qui nous fait tous saliver. Et se poser l'éternelle question qui taraude nos esprits depuis le quart de finale reporté au forceps à Cardiff, en 2007 par Thierry Dussautoir et ses potes, comment battre les All Blacks, comment imiter les Wallabies australiens ? "J’ai 80 sélections, il y a donc le choix, persiste et signe l'échec capitaine des Bleus. Pourtant, aujourd’hui encore, on ne me parle que du match de 2007. Parce que c’était en Coupe du monde, en quart de finale. Mais, surtout, parce que c’était les Blacks"
Il avait aligné 38 plaquages il y a dix ans pour aider les Bleus à renverser la montagne noire. Thierry Dudautoir pense avoir fait d’autres bons matchs.... comme la finale du Mondial de 2011,face à ces mêmes Blacks. Mais il l'a perdu d'un point. Les gens n’ont retenu que le succès de 2007
 
. Battre les All Blacks, c’est le défi d’une vie sportive. L’exploit qui marque ou qui vous manque, dans une carrière internationale. L’Irlande a mis 100 ans à y parvenir et ne s’est extirpé de cette domination absolue que dans le contexte particulier d’un match aux USA. Les Ecossais n’y sont jamais parvenu de toute leur histoire. Les Gallois n’ont réussi l’exploit que trois fois en 112 ans et 33 confrontations. Les Anglais sept fois, pour 32 défaites.
Et la France? Douze fois. Et on se souvient de chacun de ces exploits, quand on oublirait presque jusqu’aux Grand chelems dans le Tournoi. C’est le paradoxe de notre rugby, si instable et ponctuellement si brillant. C’est aussi son sel. Le problème francais c'est de vivre avec un passé qui commence à dater. Avant celle qui sévit actuellement, d’autres générations ont connu des périodes de doutes, de déceptions et de franche disette.
 
Mais presque toutes, dans l’ère moderne, ont connu leur exploit face aux Néo-Zélandais'qui nous craignent toujours.. C’est à ce défi que se trouveront confrontés les hommes de Novès, samedi soir dans un Stade de France qui risque de juger sur pièce avant de se positionner. Faire l’infaisable, accomplir l’improbable, face à la meilleure équipe all black que nous ayons vue, dans leur période de domination la plus élevée sur le rugby moderne. Le dessin est tactique, stratégique mais avant tout humain.
 
Le rugby est un sport de combat, non ? Alors, ne racontez pas ce que je vais vous dire à vos enfants mais pour battre les All Blacks, il faut être agressif. Si personne ne leur gratte les yeux et leur écrase les couilles, on ne gagnera pas. C’est rustique, peut-être hors du temps actuel, mais cela a déjà fait ses preuves. Comme à l'Eden Park d'Auckland un dimanche d'octobre 2011. Un soir de finale surréaliste. Et si les Bleus ne sont jamais aussi forts que lorsqu’on ne les attend plus, ils livreront alors le match auquel plus grand monde ne croit.
 
3.Les Bleus n'ont rien à perdre mais peuvent-ils gagner ?
 
Seulement il y a des chiffres et des réalités qui ne mentent pas. La bande à Steve Hansen n’a rien d’humaine, quand bien même se trouve-t-elle aujourd’hui en fin de saison. Et quoi qu’en disent les exégètes de la presse britannique, la Nouvelle-Zélande de l’automne 2017 reste dix fois plus puissante, plus rapide ou plus technique que n’importe quelle équipe de l’hémisphère Nord. À ce jour, rien ne laisse, à penser que ces Bleus, décimés par les blessures, laminés il n’y a même pas six mois par l’Afrique du Sud et battus lors de leurs dix derniers matchs face aux AllBlacks, puissent rivaliser avec la Nouvelle-Zélande.
 
Tout porte même à croire que ce premier test se résumera à une fessée majuscule, en «prime time» et devant quelque 7millions de téléspectateurs. Plus qu’un épouvantail, la Nouvelle-Zélande est une énorme machine. Mais les All Blacks ne sont pas invincibles. On ne va pas les regarder jouer. On ne leur laissera pas le match sur tapis vert… Malgré cette bonne volonté à faire croire du contraire, on jurerait les Bleus morts de trouille à l’idée d’affronter les double champions du monde à deux reprises, et à seulement quatre jours d’intervalle. Passé maître dans l’art du contre-pied, Antoine Dupont assène : "Je crois que l’on peut aborder ce premier match sans la moindre pression. Que peut-il nous arriver, après tout ? Toutes les équipes perdent contre la Nouvelle-Zélande ! "
 
Ces deux dernières années, Guy Novès a essayé près de soixante-dix joueurs pour panser les plaies d’une sélection en perdition après le Mondial. Le groupe France a d’abord été largement ouvert, s’est refermé comme une coquille sur une liste Élite depuis devenue obsolète (Brice Dulin, Maxime Machenaud, Yohan Maestri et Uini Atonio ont quasiment disparu des radars…) avant de s’ouvrir aujourd’hui sur des jouvençaux de vingt piges et s’appelant, en vrac, Antoine Dupont, Paul Gabrillagues, Judicaël Cancoriet ou Anthony Belleau.
Cette révolution de velours, appelée par Laporte au crépuscule de la tournée en Afrique du Sud (109 points encaissés en trois matchs), est aguichante, réjouissante et prometteuse. Mais les minots pourront-ils vraiment rivaliser avec une grosse Bertha où le moins expérimenté des douze cadres de Steve Hansen s’appelle Dane Coles et compte 55 sélections, soit deux de plus que le capitaine tricolore Guilhem Guirado ?
 
Confrontés à cette problématique, les All-Blacks préfèrent la jouer «grands seigneurs», faisant couiner les violons et ressortant les vieux clichés. Lundi, Sam Whitelock assurait donc craindre les Bleus comme la peste, avançant que les Français étaient "capables de battre n’importe qui dans un bon jour."
Deux jours plus tard, Beauden Barrett et Sonny Bill Williams servaient plus ou moins la même soupe, sans toutefois être capables de nommer un seul des joueurs tricolores, à l’exception de Mathieu Bastareaud et Louis Picamoles. Partant de là, les Bleus n’ont rien à perdre. Peuvent-ils toutefois gagner ? Permettez-nous d’en douter…
 
D.J.
 
SAINT-DENIS (Stade de France).- France - All Blacks , test-match, coup d'envoi, ce samedi à 21 heures, match retransmis en direct sur France 2.
 
LES ÉQUIPES
 
FRANCE : Ducuing - Huget, Doumayrou, Bastareaud, Thomas - (o) Belleau (Toulon), Dupont - Gourdon, Picamoles, Cancoriet - Gabrillagues, Vahaamahina - Slimani, Guirado (cap.), Poirot.
 
Sur le banc : Maynadier, Chaume, Kotze, Jedrasiak, Jelonch, Serin, Trinh-Duc, Penaud.
 
NOUVELLE - ZÉLANDE : McKenzie - Naholo, Crotty, SB Williams, R. Ioane - (o) B. Barrett, (m) A. Smith - Cane, Read (cap), Fifita - Whitelock, Romano - Laulala, Coles, Hames.
 
Sur le banc : Taylor, Crockett, Tu'ungafasi, S. Barrett, Todd, Perenara, Sopoaga, Lienert-Brown
 
LES ARBITRES
 
Arbitre central : M.Gardner (Australie) assisté à la touche de MM Carley (Angleterre) et Foley (Angleterre), à la vidéo : M.Grashoff (Angleterre).