Leçon au tableau noir des Blacks trop puissants pour les Bleus

TEST MATCH / FRANCE - ALL BLACkS (18-38).- Trop faciles pour les champions du monde qui ont marqué en première mi-temps quatre essais signés Coles, Naholo, Crotty et Cane. En prime un Berend Barrett impeccable au pied. Puis un long trou noir de 30 minutes qui permit aux Bleus d'exister et d'infliger un étonnant 13-0 aux Blacks. Le dernier mot revint à Naholo pour signer le 5e essai néo-zélandais. Le tarif All Black à chaque test-match. Les Bleus avaient mis le réveil en retard.
SB Williams, le centre All Black,face à Mathieu Bastareaud, le centre Bleu ou l'autre match entre anciens partenaires de Toulon.

SAINT-DENIS (Stade de France).- France - All Blacks : 18-38
5-31 (mi-temps).
 
Temps froid et humide, faibles pluies. belle pelouse, match joué à guichets fermés : 81 500 spectateurs
 
 
 
 
Pour la France : 2 essais Thomas (27e), essai pénalité transformée, 2 pénalités Belleau (43e, 52e).
Carton jaune : Slimani (34e, fautes à répétition en mêlée).
 
Pour la Nouvelle-Zélande : 5 essais Coles (8e), Naholo (23e, 79e) Crotty (36e), Cane (40e). 5 transformations Barrett (8e, 23e, 35e, 40e, 79e) une pénalité Barrett (16e).
Carton jaune : SB Williams (47e, antijeu).
 
 
EVOLUTION DU SCORE : 0-7, 0-10, 0-17, 5-17, 5-24, 5-31 (mi-temps) - 8-31, 15-31, 18-31, 18-38 (score final).
 
LES ÉQUIPES
 
FRANCE : Ducuing - Huget, Doumayrou, Bastareaud, Thomas - (o) Belleau, Dupont - Gourdon, Picamoles, Cancoriet - Gabrillagues, Vahaamahina - Slimani, Guirado (cap.), Poirot.
 
Sont entrés en cours de match : Maynadier, Chaume, Kotze, Jedrasiak, Jelonch, Serin, Trinh-Duc, Penaud.
 
NOUVELLE - ZÉLANDE : McKenzie - Naholo, Crotty, SB Williams, R. Ioane - (o) B. Barrett, (m) A. Smith - Cane, Read (cap), Fifita - Whitelock, Romano - Laulala, Coles, Hames.
Sont entrés en cours de match : Taylor, Crockett, Tu'ungafasi, S. Barrett, Todd, Perenara, Sopoaga, Lienert-Brown
 
LES ARBITRES
 
Arbitre central : M.Gardner (Australie) assisté à la touche de MM Carley (Angleterre) et Foley (Angleterre), à la vidéo : M.Grashoff (Angleterre).
 
* LE MATCH
 
Les Bleus en réaction
et trop respectueux des All Blacks
 
Courageux, le XV de France a comblé en partie l'écart creusé par les All Blacks à la pause (5-31) mais s'incline deux essais à cinq après être passé proche d'une défaite record. En guise de record, les All Blacks en ont signé un nouveau, dépassant à la 39e minute la barre des 2 000 essais marqués durant leur histoire débutée en 1893.


 
Après une première période dominée par les All Blacks (73 % d'occupation, 64 % de possession), le XV de France a profité de la pause pour se régénérer, passant de 5-31 à 18-31 grâce à un essai de pénalité (47e) et deux buts (42e, 52e) de son ouvreur Anthony Belleau.

L'ailier droit du Racing 92, Teddy Thomas, de retour en bleu après trois ans d'absence, se vit refuser ensuite un essai (56e) et le doublé après son plongeon victorieux à la 27e (5-17) suite à une action bonifiée par Matthieu Bastareaud, à son avantage, et une série de passes dans le timing, seul temps fort français des quarante premières minutes. Désorganisés après l'expulsion temporaire de Sonny Bill Williams (47e) puis le remplacement de leur capitaine Kieran Read (48e) blessé, les All Blacks subissaient la loi bleue.
 
Mais les coéquipiers de Guirado ne parvenaient pas à marquer sur leurs temps fort (58e, 71e, 74e) malgré les interventions de Dupont, tranchant, et de Chaume, puissant.

Dans ce match tendu (deux algarades à la 55e et 67e), les Tricolores n'étaient pas assez tranchants, malgré leurs efforts dans un Stade de France conquis, pour infiltrer la défense. S'ils avaient perdu le fil de leur jeu et de leur discipline sous la pluie qui tombait sur Saint-Denis et les coups de boutoirs tricolores, les All Blacks ne desserraient pas pour autant leurs plaquages.
 


Ils parvenaient même à marquer un cinquième essai pour l'emporter (18-38) au terme d'une rencontre qui, côté bleu, donne autant de regrets qu'elle laisse espérer. A l'image des deux actes contrastés. Prochaine étape pour le XV de France, la réception des Springboks (samedi 18 novembre, 21h) étrillés par l'Irlande (38-3).
 
* LE FAIT DU MATCH
 
Les All Blacks maîtres
du jeu et du temps
 
Ils ont déroulé leur rugby quand ils le voulaient, quand ils décidèrent d'appuyer là où ça faisait mal. Les All Blacks étaient trop forts, trop puissants pour des Bleus qui n'ont eu qu'une seule occasion d'essai en première mi-temps. Le chat était maigre.,
 
C'est vrai qu'on lui promettait l’enfer et l’apprentissage s’est en effet avéré bien délicat pour ce jeune XV de France. Totalement dépassés et étonnamment passifs dans le premier acte, les Bleus se sont très vite interdit tout exploit face aux All Blacks. Mais, lueur d’espoir dans cette soirée pluvieuse au Stade France, ils ont su profiter du relâchement des hommes en noir après la pause pour afficher un bien meilleur visage. De quoi sensiblement atténuer ce revers somme toute assez lourd (18-38).
 
Pendant un quart d’heure, le Stade de France s’est mis à vibrer d’un seul homme. À saluer chaque geste français, chaque prise d’initiative, chaque ballon récupéré. Preuve qu’il s’est sincèrement pris à croire en une improbable remontée. Celle de ces jeunes Bleus, menés de vingt-six points en rentrant aux vestiaires (5-31) mais totalement transfigurés à leur retour sur la pelouse.
 
Dans le sillage d’un Antoine Dupont bluffant de culot et de justesse, l’écart au score avait commencé à fondre progressivement grâce à la botte d’Anthony Belleau. Et l’essai de pénalité accordé suite à ce ballon boxé hors de son en-but par Sonny Bill Williams devait être le pivot de cette incroyable retournement. Mais la précision est venue à manquer, tout comme l’essence dans le moteur.
 
Comme un symbole, à la sirène, les All Blacks ont accéléré. Une dernière fois. La seule de la deuxième mi-temps. Et Waisake Naholo a fini dans l’en-but pour son deuxième essai personnel. Ne nous leurrons pas, les hommes en noir ont joué le deuxième acte à l’économie. Mais admettons aussi que ce relâchement a bien failli leur jouer des tours, tant les Français ont su l’exploiter pour se faire pardonner de cette première mi-temps d’une extrême fébrilité.
 
S’il y aura beaucoup à écrire sur les motifs d’espoir engendrés par les quarante dernières minutes, il faut aussi évoquer la période qui a précédé. Ces quatre essais encaissés, ces dix plaquages manqués, ces dix turnovers concédés, ces fautes à répétition de Rabah Slimanien mêlée qui lui ont valu un carton jaune, cette occupation de 74 % de la part des All Blacks. Et ce récital offert par la meilleur équipe du monde face à un XV de France déboussolé, hagard et bien heureux de voir Teddy Thomas aller à dame sur sa seule offensive (27e).
 
Comme attendu, l’apprentissage a donc été difficile pour cette jeune garde tricolore. Mais, à l’image de cette rencontre aux deux visages, les analyses devront être mesurées et partagées. Car, malgré une entame cauchemardesque, la jeune garde incarnée par Anthony Belleau notamment est parvenue à redresser la tête et faire ce qu’on attendait d’elle : jouer libérée, montrer ce dont elle est capable et tout tenter pour renverser l'indestructible monument néo-zélandais.