Nicolas Larrat : "Entre Carlos Zalduendo et Louis Bonnery, ce serait serré"

Le futur ex-Président de la Fédération Française dit tout sur son action menée à la barre du mouvement. Entre réalisme et émotion...
Avec Richard Lewis, l'ancien Président de la RFL et de la Fédération Internationale. Photo RMD Agency

Parfois critiqué, c'est la fonction qui veut cela, mais dont le bilan à la tête de la Fédération, depuis dix ans, en vaut bien d'autres, le Président Nicolas Larrat cédera son fauteuil le 17 novembre, lors de l'assemblée générale élective, qui fera suite le même jour à l'assemblée générale financière. De plus en plus accaparé par ses obligations professionnelles, et profondément marqué par la disparition prématurée de son secrétaire général et ami Hervé Guiraud, l'avocat toulousain a décidé voici quelques temps de tourner la page. Il revient sur ses deux mandats accomplis à la tête de la FFR XIII, dans un long et sincère entretien, qu'il nous a accordé la semaine passée à Toulouse. 
 
QUELLES SONT LES TROIS ACTIONS LES PLUS POSITIVES DE VOS DIX ANS PASSÉS À LA PRÉSIDENCE ?

1, tout ce qui est d'ordre financier et administratif, avec l'embauche de personnel, la restructuration des services et des locaux. Lorsque je suis arrivé à la présidence, la subvention ministérielle était en suspens. Depuis, grâce à la confiance de ce même Ministère des Sports, le redressement des comptes a été opéré.
2, la qualité des relations extérieures, avec le Président de la Fédération internationale Richard Lewis, qui nous a accordé une aide financière appréciable dans le cadre de notre développement.
3, la progression significative et régulière du nombre des licenciés, grâce entre autres à l'opération Petit Treize. Selon le Ministère, nous sommes l'une des rares Fédérations de notre dimension à continuer sa  progression.

ET LES TROIS PRINCIPAUX REGRETS ?

Les Ligues et les Comités ne se sont pas suffisamment mis au niveau espéré, l'échec enregistré de la Coupe du monde 2008, la non intégration de Toulouse en Super League, même s'il est vrai que toutes les conditions n'étaient alors pas réunies, notamment en ce qui concerne la capacité d'accueil du stade. J'en ajouterais un quatrième, touchant au très faible intérêt que continue de nous porter la presse écrite nationale, alors qu'à l'inverse des avancées ont eu lieu au plan des médias TV.

EN RECRUTANT JOHN MONIE COMME ENTRAÎNEUR DU XIII DE FRANCE, N'Y-A-T-IL PAS EU ERREUR SUR LA PERSONNE ?

Nous sortions d'un système plus ou moins amateur, et il nous fallait trouver quelqu'un capable de gérer les joueurs. Il a eu le mérite de nous contraindre au professionnalisme, joueurs comme encadrement de l'équipe. Mais c'est vrai qu'il était vieillissant au niveau du jeu pratiqué.

ET AVEC BOBBY GOULDING ?

En sortant de ce Mondial de la désillusion, les joueurs semblaient peu concernés par le maillot tricolore. C'est pour cela qu'on a choisi un coach comme Bobby, qui a su redonner de la fierté au groupe, car c'était un meneur. Mais chacun connait les excès dont il s'est rendu coupable. Et il ne possédait pas l'expérience du haut niveau.

LA PISTE MICK POTTER EST-ELLE AUJOURD'HUI ABANDONNÉE ?

Non, simplement en suspens. Il nous a présenté un projet sur cinq ans, axé sur la formation des jeunes à partir des cadets. Ce sera au futur Comité Directeur de se prononcer, car cela évidemment a un coût.

POURQUOI NE PAS AVOIR PENSÉ À LAURENT FRAYSSINOUS ?

Nous avons toujours eu du mal à communiquer. Il a des qualités, mais la rencontre entre nous ne s'est pas produite, sans doute parce que moi comme lui sommes des introvertis.

QUE RISQUERAIT LE XIII DE FRANCE DE SE RENDRE À LA COUPE DU MONDE 2013 AVEC AURÉLIEN COLOGNI COMME ENTRAÎNEUR ?

Déjà, je le remercie d'avoir accepté de prendre l'équipe en charge jusqu'au Tournoi européen de l'automne 2012. Il a pis ce risque, sachant que rien n'est décidé pour le Mondial. Il prend ses responsabilités et j'aime cela. Mais peut-être qu'inconsciemment je voulais que les choses se passent ainsi. Il faudra que je me fasse psychanalyser (rires).

AVEZ-VOUS EU DES RAPPORTS PARFOIS COMPLIQUÉS AVEC LE PRÉSIDENT TOULOUSAIN CARLOS ZALDUENDO ?

Nous nous sommes parfois accrochés, mais j'ai toujours senti de la sincérité, et de la loyauté de sa part. Il est caractériel, mais a le sens de l'intérêt général.

DE QUOI FAIRE DE LUI UN PRÉSIDENT DE FÉDÉRATION ?

En tout cas il est venu me voir, et il réfléchit, sachant qu'il doit également songer à sa succession au TO, si jamais il se présentait à la Fédération. Il possède des qualités, est retraité, donc il a du temps à consacrer.

ET SI D'AVENTURE LOUIS BONNERY DÉCIDAIT DE SE PRÉSENTER ?

J'ai le sentiment que le résultat du duel serait serré entre lui et Carlos Zalduendo.

PENSIEZ-VOUS PERSONNELLEMENT À UN MEMBRE ACTUEL DU BUREAU FÉDÉRAL, POUR VOUS SUCCÉDER ?

Pascal Laroche en a l'étoffe, mais ses obligations professionnelles chez Dassault Aviation ne le lui permettent hélas pas.

QUI DE VOS RELATIONS, CETTE FOIS, AVEC BERNARD GUASCH ?

Ah ! On pourrait écrire un livre rien que sur ce sujet. Tout s'est bien passé lors des premières années des Dragons en Super League, ensuite c'est devenu tendu. Il défendait son club, ce qui se comprend, et moi tous les clubs. Mais nous nous sommes toujours dit les choses, et je suis admiratif de sa capacité hors normes de travail, entre son entreprise et son club.

ON VOUS A SOUVENT REPROCHÉ VOS RARES PRÉSENCES AUX MATCHS DU TO COMME À CEUX DES DRAGONS…

Jusqu'en 2009, j'étais présent à Brutus deux fois par mois. Puis je n'ai plus trouvé le temps nécessaire pour me déplacer. Je le regrette, comme je regrette de ne pas avoir suffisamment visité les clubs français, notamment les plus modestes. Mais ma profession m'accaparait trop. C'est d'ailleurs pour cela que je ne sollicite pas un troisième mandat.

QUEL PRÉSIDENT DE CLUB D'ÉLITE CITERIEZ-VOUS EN EXEMPLE ?

Philippe Duclaux, au SO Avignon. Un homme très doit, qui possède un vrai projet pour son club. Jean Guilhem, également, pour l'énorme travail entrepris avec Carcassonne, un club qui se trouvait au bord du dépôt de bilan, voici cinq ans, et dont on sait ce qu'il est devenu, depuis, sur et hors le terrain. J'entretenais par ailleurs d'excellentes relations avec les co-présidents de Lézignan, Richard Gélis, Jacques Laguens, Christian Lapalu, Philippe Espeluque. Mais je tiens à dire que tous les clubs d'Elite ont avancé, ces dernières années, certes pas tous au même rythme.

LE COMPORTEMENT DES RESPONSABLES DE PIA, QUI ONT RÉCUSÉ L'ARBITRE DÉSIGNÉ DE LA DERNIÈRE FINALE DE LA COUPE, A-T-IL PESÉ DANS VOTRE CHOIX DE NE PAS VOUS REPRÉSENTER ?

Non, pas jusque-là. Mais j'en ai été peiné, et j'ai d'ailleurs eu un échange très violent avec Marc Ambert et le maire de la commune, lors d'une réunion des clubs d'Elite. Cet épisode n'a fait que confirmer que je n'avais plus la force de supporter ce genre de comportement.

DES SANCTIONS SONT-ELLES À L'ORDRE DU JOUR ?

Une procédure disciplinaire est en cours. Nous écouterons tous les intervenants du conflit, arbitres compris, car il semble qu'il existe un problème à ce niveau. A la suite de quoi, le Comité Directeur déciidera s'il y aura ou non une suite à donner par la Commission de discipline.

AVEZ-VOUS ÉTÉ RÉCONFORTÉ, LORS DE VOS DEUX MANDATS, PAR LE COMPORTEMENT DE PRÉSIDENTS DE CLUBS DE SÉRIES INFÉRIEURES ?

Ceux de Réalmont, Lescure, du Villeneuvois, n'ont jamais été revendicatifs. J'ai rencontré là des gens humbles, sincères. J'ai plutôt le sentiment que la FFR XIII a parfois fait le travail qui était dévolu aux Ligues et aux Comités. Les agents de développement, que nous avons mis en place, et dont une partie du salaire est pris en charge par l'Etat, représentent la clé du système, en matière de développement de la pratique. Il nous faut trouver un partenarait avec les Ligues et les Comités, et je reste persuadé que d'ici dix ans nous pouvons atteindre le chiffre des 45 000 licenciés.

DE QUEL JOUEUR DU XIII DE FRANCE AVEZ-VOUS APPRÉCIÉ PARTICULIÈREMENT LE COMPORTEMENT ?

Olivier Elima, le capitaine, Rémi Casty, pour lequel j'éprouve beaucoup de respect, et j'ai un faible pour Jamel Fakir, coquin mais si attachant.

POURQUOI VOUS RAPPORTS AVEC LE DTN, PATRICK PÉDRAZZANI, N'ONT-ILS JAMAIS ÉTÉ CHALEUREUX ?

C'étaient des rapports professionnels. C'est vrai que j'étais plus proche de son prédécesseur, Jean-Eric Ducuing, un homme disponible. Tout comme avec André Janzac, qui avait assuré l'intérim entre les deux, mais il est vrai que ce dernier avait été mon entraîneur. Patrick Pédrazzani souhaitait que la DTN soit davantage associée au secteur du haut niveau, moi pas. Cela dit, les cadres techniques ont toujours participé aux staffs des différentes équipes nationales. Reste que Patrick Pédrazzani a fait un gros effort en direction des jeunes, les chiffres parlent d'ailleurs pour lui, et il n'est pas pour rien dans le fait qu'une convention devrait être prochainement passée avec l'Education Nationale, pour la première fois en France. Ce qui permettra aux profs d'Education Physique et Sportive de proposer enfin la pratique du rugby à XIII à leurs élèves, au sein de leurs établissements. Ce qui est entre autres la conséquence du succès rencontré par le Challenge Petit Treize, mené en concertation avec les écoles primaires.

UN AUTRE PROJET VOUS TIENT À COEUR, CELUI DU CENTRE NATIONAL DU RUGBY À XIII…

C'est un projet récent, amorcé avec la ville d'Avignon, et dont le principal défenseur est Alain Bompard (ndlr : ancien Président du club de football l'AS Saint-Etienne). Les infrastructures existent, elles sont simplement à rénover. Nous en sommes encore au stade des discussions, mais nous avons l'accord des collectivités territoriales. Disons que cela peut se faire. Regrouper toutes les activités sur un seul site engendrerait des économies, en terme d'hôtellerie pour les équipes de France, notamment.

N'ETES-VOUS PAS INQUIET DEVANT LE NOMBRE IMPORTANT DE JOUEURS ÉTRANGERS DANS CERTAINS CLUBS FRANÇAIS ?

Nous avions mis en place, pour les étrangers, un système de licences financièrement dissuasif. S'il avait été appliqué à la lettre, il aurait été impossible à un club de dépasser le nombre de quatre. Mais le système a été aménagé, et il faut faire attention à rester en conformité avec la loi. En fait, c'est à chaque club d'avoir une politique intelligente sur la question. L'ASC a par exemple démontré qu'avec un nombre raisonnable d'étrangers elle pouvait facilité l'accès au haut niveau de jeunes comme Jonathan Soum ou Florent Rouanet. Quatre ou cinq étrangers par club me semble être une limite à ne pas dépasser.

AVANT DE SONGER À MONTER DES ÉQUIPES ELITE À LENS OU NANTES, LA FFR XIII N'AURAIT-ELLE PAS D'ABORD INTÉRÊT À CONSOLIDER L'EXISTANT, COMME À MONTPELLIER ?

Je n'ai jamais refusé à quiconque l'aide fédérale, mais la Fédération n'a pas financièrement les moyens d'injecter de l'argent dans les clubs. Et puis ce n'est pas à moi de trouver des sponsors à Montpellier à la place des dirigeants du club. Peut-être que si à Montpellier on voit apparaitre demain des clubs à Lens, Nantes, ou Marseille, sera-t-il plus facile de trouver des partenaires économiques.

LE PROJET D'ORGANISER LE MATCH FRANCE - PAYS DE GALLES À LENS, FIN OCTOBRE 2012, EST-IL SUR LA BONNE VOIE ?

On devrait connaitre la réponse d'ici la fin de la semaine. Le projet est étudié par Luc Dayan, que le Crédit Agricole du Nord, actionnaire majoritaire du RC Lens et du quotidien La Voix du Nord, a installé récemment à la présidence du club de football. Ce dernier compte 25 000 abonnés, ce qui laisserait espérer une belle affluence au stade Bollaert, le cas échéant. En tout cas, je crois aux signes. Trois mois après avoir déjeuner, à Paris, avec Luc Dayan, pour explorer ensemble de nouvelles pistes, comme le Super XIII (ndlr : un système de franchises pour les clubs d'Elite), ce dernier devenait président du RC Lens...

UN MATCH QUE BEIN SPORT POURRAIT RETRANSMETTRE ?

Oui, mais pourquoi ne pas imaginer par exemple un direct sur France 4 ? A l'avenir, d'ailleurs, je pense que des accords peuvent intervenir entre beIN et des chaînes de la TNT. Je verrais bien, demain, deux ou trois matchs des Dragons par saison retransmis sur France 3 Sud. Les deux chaînes partageraient les frais de production, ce qui ne serait pas pour déplaire à beIN.

COMMENT, À L'AVENIR, PERPÉTRER LE SOUVENIR D'HERVÉ GUIRAUD ?

C'est la chose à laquelle nous avons immédiatement pensé, après son décès. Sur le modèle de la Clive Churchill Medal en Australie, une médaille d'or à son effigie récompensera le meilleur joueur de la finale du Championnat de France Elite.

UN DERNIER MOT, PRÉSIDENT ?

Si être Président de la FFR XIII est un sacerdoce, la fonction me laissera des souvenirs inoubliables, en dehors du fait d'avoir eu la chance de travailler aux côtés de la valeur d'un homme comme Hervé. Comme un Challenge Petit XIII à Perpignan, le match des Four Nations en Angleterre, où nous menions au score à la mi-temps, la finale de la Coupe de France 2009 à Carcassonne, entre Limoux et Lézignan, le premier match France - Irlande au Parc des Sports d'Avignon, avec cette foule qui ne cessait de se presser aux guichets. Nous étions débordés. Je tiens aussi à dire que je ne ferais pas comme certains de mes prédécesseurs. Si mon successeur m'y invite, je m'impliquerais ponctuellement sur certains dossiers. Nous avons de belles heures devant nous, et j'espère que Toulouse sera prochainement admis en Super League. Il en va d'ailleurs de l'avenir même des Dragons, actuellement trop esseulés. Et l'idéal consisterait à posséder, à terme, trois ou quatre équipes françaises dans cette compétition.