Pas de blagues les Bleus !

TEST-MATCH / FRANCE - JAPON, CE SAMEDI 21 H À NANTERRE.- Le pardon ou l'humiliation ? Pour le XV de France, cette tournée d’automne d’ores et déjà calamiteuse s’achèvera samedi soir, à la U Arena. C’est l’heure de gagner. Les Bleus n'ont plus le choix.
Francois Trinh-Duc enfin titulaire dans l'animation du jeu des Bleus.

 
 
 
 
1. Les Bleus face à une préparation tronquée
 
Le pire serait encore à venir face à des Japonais au rugby très imprévisible. Regardez la ll"prépa", ce fut une multitude de tracas pour les Bleus qui - malgré les dix semaines de spécifique cet été - ne sont pas apparus spécialement fringants lors de cette tournée.
Déjà au mois de juin dernier, en tournée, cela s'était vu à l'œil nu. L'équipe de France était dépassée par les Springboks sur les qualités physiques qui font le rugby d'aujourd'hui : capacité d'accélération, vitesse du retour au jeu, puissance à la collision, distance parcourue à la minute.
La nouvelle prépa d'été devait tout changer. On allait voir ce que l'on allait voir en novembre. "Le but, c'est que les joueurs soient au mieux de leur forme, au plus près des tests", déclarait même le sélectionneur Guy Novès au tout début du mois d'octobre.
Soyons très honnêtes, il n'était pas question de marcher sur tout le monde, ou de planer sur la pelouse du Stade de France, mais au moins de rivaliser dans les efforts à haute intensité face à des équipes du Sud en bout de piste. Samedi dernier, encore face aux Springboks, les Bleus ont livré l'un de leurs matches les plus accomplis, athlétiquement parlant, selon leur entraîneur en charge des avants, Yannick Bru : "On a joué samedi le match le plus intense de ses huit dernières années avec plus de quarante-six minutes de temps effectif, […] sept séquences de jeu supérieures à deux minutes. Je n'avais jamais vu pareille contribution des joueurs à ce niveau-là depuis que je suis impliqué dans le projet de l'équipe de France."

Du jeu certes, mais avec très peu d'avancée. Et surtout, les Tricolores ont perdu en lucidité, l'autre symptôme qui montre qu'ils ne sont pas encore prêts à rivaliser à de telles intensités. Les Sud-Africains ont pourtant réalisé leur lot de grosses fautes sans qu'aucune ne soit sanctionnée par des points bleus. Face à la Nouvelle-Zélande, une semaine avant, sur la chandelle non contrôlée par Ducuing, les All Blacks ont mis moins de dix secondes pour marquer leur troisième essai par Cane (36e), des contre-attaques comme constante du jeu kiwi.
 
2. Les Bleus face à trop de blessures
 
Cet été, la « liste groupe France » a vu le jour. Quarantecinq joueurs ont bénéficié d'une plage de repos (quatre semaines)"puis d'entraînements spécifiques (six semaines), bien entendu différents de ceux de leurs partenaires de club. Une préparation sans ballon, du physique bête et méchant (cinq semaines), comme on n'en voit presque plus, avant une réintroduction de la compétition (une semaine).
Entre les blessés d'avant-tournée et ceux venus s'agréger par la suite, ils n'étaient finalement que 13 sur les 23 de la feuille de match face à l'Afrique du Sud à avoir suivi cette préparation physique.

De quoi faire dresser un constat amer, mais lucide par Jacques Brunel, l'ex coach Champion de France avec l'USAP, manager de l'UBB, sur l'état physique des internationaux : "Moi, ce qui m'ennuie, c'est le nombre de blessures qu'il y a. On est en novembre, on devrait être meilleurs physiquement et supplanter les équipes de l'hémisphère Sud. Ç'a toujours été le cas. Or, là, on ne sent pas qu'on est plus forts physiquement, et ça, c'est inquiétant."

Face aux critiques, Louis Picamoles, 3e ligne polyvalent des Bleus va plus loin et
lance un appel à la patience : "Il ne fallait pas s'attendre à des résultats miracles. J'étais d'abord content qu'il y ait une prise de conscience collective pour faire bouger les choses et permettre à l'équipe de France d'être plus performante. Est-ce que ça a été fait avec réussite ? Cette saison va permettre de faire des bilans. C'est une première étape. Après, physiquement parlant, on a été parfois dans le dur. Mais nos adversaires eux aussi. "
 
3. Les Bleus face à la 11e nation mondiale
 
On en saura un peu plus samedi soir face aux Japonais ? On l'espère même si le rugby japonais n'a pas la prétention de battre le rugby français.
Alors que doit-on attendre ce France-Japon ?
 
Les Bleus l'ont préparé «en toute humilité», bouffis d’angoisse et morts de peur, craignant tout autant pour sa réputation que pour son avenir. On parle du Japon, camarades ! De la onzième nation mondiale, nom de Dieu ! Et ce Japon-là a beau avoir le vent en poupe chez tous les snobinards de la planète, tout heureux de mettre en avant «la nouvelle puissance émergente du rugby mondial», il vient aussi d’encaisser soixante grains contre les Wallabies à Yokohama.
Pardon ? Il a écrasé les réservites des réservistes des îles Tonga le week-end dernier? Grand bien lui fasse. Les Sunwolves, la province rassemblant les meilleurs joueurs japonais, ont cette année perdu treize de leurs quinze matchs de Super 18…

Il n’y a pas si longtemps, le XV de France aurait donc préparé ce dernier Test de la tournée habité d’un sentiment de supériorité très gaulois. La semaine aurait été constituée de trois entraînements assez bordéliques, voire totalement inconséquents, au fil desquels le coach aurait gueulé pour la forme, non pas pour remobiliser ses troufions.

Il n’y a pas si longtemps, les Bleus auraient attaqué ce match la fleur au fusil, en promenant la baballe devant un rideau défensif transcendé par l’évènement. Passé ce début de match un rien merdique et après avoir encaissé deux essais foireux en contre, le XV de France aurait pourtant gagné la frousse au cul, mais assez confortablement quand même pour ne pas réveiller, autour de lui, les cavaliers de l’Apocalypse. Depuis que le monde est monde, c’est ainsi que se déroulaient tous les France - Japon de l’histoire, au nombre de trois à ce jour.
 
4. Les Bleus face à une première à la U ARENA
 

À qui ou à quoi doit-on qu’une rencontre face au Japon ait pu prendre une telle tournure en seulement quelques années ? Aux Japonais eux-mêmes, boostés par leur dernière victoire en coupe du Monde face aux Springboks? Ou plutôt à la lente érosion de la sélection nationale, battue cinq fois lors de ses cinq dernières sorties ? À l’automne 2017, l’équipe des Cherry Blossom est certes valeureuse, techniquement plus douée que sa rivale tricolore mais elle n’a rien, non plus, d’un géant. Les immenses difficultés auxquelles les dirigeants fédéraux ont été confrontés pour vendre les 30000 billets de la U Arena reflètent d’ailleurs à merveille l’appétence que suscitent en France les coéquipiers de Michael Leitch. Et puis, si l’on réalisait demain un sondage à Marcoussis, on est à peu près certain que les Bleus seraient infoutus de nous citer un seul de leurs adversaires nippons…

Alors pas de blagues les Bleus ? Pas d’accident industriel capable de faire exploser ce qui tient encore debout. Parce que vous n’avez pas qu’un bilan comptable calamiteux à vous faire pardonner, messieurs. Il y a aussi le contenu, soit deux bouses innommables survenues au Stade de France, face aux Blacks et aux Boks. Sekou Macalou arrive, vous dites? Béni soit-il! Gabriel Lacroix aussi? Dieu soit loué! Mais au-delà des hommes, c’est bel et bien le canevas qui doit convaincre. Et à l’heure du premier match de rugby de l’histoire de la U Arena, trois possibilités s’offrent au XV de France: une défaite et Novès rendrait probablement son tablier; une victoire constipée et le cafard ambiant resterait le même; un large et beau succès et… Et quoi d’ailleurs? On serait toujours en marche, en plein brouillard.

NANTERRE (stade U Aréna ).- Test-match France - Japon, coup d'envoi à 21 heures, match retransmis en direct sur France télévisions.
Match arbitré par M. Pearce (Angleterre) assisté à la touche de M.M Clancy et Neuville (Irlande), à la vidéo M.Davey (Angleterre).
 

LES ÉQUIPES
 
FRANCE : Spedding - Lacroix, Penaud, Chavancy, Thomas - (o) Trinh-Duc, (m) Serin - Macalou, Picamoles, Cancoriet - Vahaamahina, R. Taofifenua - Slimani, Guirado (cap), Poirot.

Sur le banc : Chat, Kotze, S. Taofifenua, Jedrasiak, Sanconnie, Dupont, Bastareaud, H. Bonneval.
 
* Guy Novès, le sélectionneur des Bleus avait a choisi jeudi de procéder à huit changements dans son XV de départ pour affronter le Japon par rapport à l'éuipe battue par les Springboks (17-18). On note les retours attendus de Scott Spedding, Baptiste Serin, Romain Taofifenua et François Trinh-Duc, et les grandes premières pour Sekou Macalou et Gabriel Lacroix.

JAPON : Matshushima - Lemeki, Lafaele, Tatekawa, Fukuoka - (o) Tamura, (m) Nagare -Leitch (cap.), Mafi, Himeno - Makabe, Van der Walt - Koo, Horie, Inagaki.

Sur le banc : Sakate,Ishihiara, Valu, Tokunaga,Lautaimia, Tanaka, Teaupa, Fujita.
 
* Jamie Joseph, le sélectionneur du Japon n'a procédé qu'à un seul changement par rapport à l'équipe qui a battu les Tonga la semaine passée 39 à 6. Le demi de mêlée Yutaka Nagare (Sungoliath) remplace l'expérimenté Fumiaki Tanaka (Wild Knights), 63 sélections et 32 ans, qui a joué pour les Highlanders, la franchise néo-zélandaise de Super Rugby entre 2013 et 2016.
Visiblement, par ce choix, Joseph veut mettre le plus de vitesse possible d'entrée de jeu. C'est le profil de Nagare qui ne compte que huit sélections à 25 ans, mais qui est connu comme un accélérateur hors pair dans son championnat domestique. A noter également un changement sur le banc avec Tokunaga qui remplace Nonumaki.