1964, année héroïque

Ce mercredi, il y aura cinquante ans, jour pour jour, que le XIII Catalan battait l'Australie 15-11 au stade Gilbert-Brutus. L'une des deux défaites concédées par les Kangourous, en 14 matchs, lors de cette tournée à cheval sur décembre 1963 et janvier 1964. Cela valait bien un retour sur le passé

69, année érotique, chantaient Jane Birkin et Serge Gainsbourg. 64, année héroïque, chantaient pour leur part Yves Civil qui jouait arrière, Guy Bruzy, "La Flèche Catalane", et George Castany aux ailes, Claude Mantoulan et André Bourreil, lequel assiste régulièrement aux matchs de Saint-Estève - XIII Catalan, au centre, Yves Castany à l'ouverture, Jacques Asparo, le grand-père de Thibaut Margalet, à la mêlée, Francis "Frizouille" Mas et Edouard Duseigneur en piliers, Jean-Pierre Cardona au talonnage, Hervé Larrue, supporter inconditionnel des Dragons Catalans, et Francis Delonca en deuxième ligne, Henri "Tane" Chamorin en troisième ligne.

Roger Baills, devenu plus tard le gardien du stade Aimé-Giral,  était remplaçant, et s'il n'est pas entré en jeu, on peut englober sans problème le père de Pascal, actuel entraîneur adjoint du Montpellier Hérault et ancien international de football, dans la liste des héros tombeurs des Kangourous, en ce 1er janvier 1964.

Cinquante ans plus tard, jour pour jour, les plus anciens n'ont pas oublié la manière avec laquelle l'Australie est tombée (11-15) sous les trois essais de Francis Delonca, "La Mantoule" et "Dédé" Bourreil, assortis de deux transformations et d'une pénalité de Mantoulan.
L'essai, alors, valait trois points, mais le spectacle, lui, valait son pesant d'or et de sang, les couleurs d'un maillot que ces Catalans n'auraient échangé contre aucun autre.

L'exploit réalisé par ces joueurs venant de rentrer par la grande porte dans l'histoire du rugby à XIII, avait d'autant plus marqué les esprits que les Kangourous, lors de cette tournée hivernale, ne s'étaient inclinés que 5-8 trois semaines plus tôt à Bordeaux face au XIII de France, avant de remporter les deux autres test-matchs contre les tricolores : 21-9 le 22 décembre 1963 à Toulouse, 16-8 le 18 janvier 1964 à Paris.

Deux internationaux contre… onze !

Ce surprenant accroc au palmarès de la grande Australie des "Immortels" Reg Gasnier, Franck Stanton, John Raper, Graeme Langlands, Ken Irvine, avait d'autant plus ébloui, également, que seuls deux joueurs internationaux, Mantoulan (qui avait disputé les deux premiers tests) et Larrue (qui avait participé au dernier), figuraient au sein de ce XIII Catalan miraculeux, seule équipe à avoir arraisonné son adversaire, cet hiver là, dans les matchs de "campagne".
Là où s'étaient tour à tour cassés les dents le Celtic de Paris (défait 2-30), Basque-Béarn (5-18), le Sud-Ouest (11-41), les Pyrénées (10-14), le Rouergue (2-13), l'Aude (12-16), l'entente Marseille-Montpellier (11-51), le Vaucluse (4-35), Roanne (2-38), et les Espoirs tricolores (12-19), le XIII Catalan avait triomphé, à force de bravoure, de solidarité, de roublardise (ballons confisqués en mêlée par Cardona et coups de pied rasants d'Yves Castany).
Le tout en dépit d'un choix audacieux - et finalement payant - de la part de l'entraîneur Duffort, "René la Science" ayant placé un demi-de-mêlée, George Castany, sur une aile, face à Irvine, qui l'été suivant aux JO de Tokyo représenterait son pays sur 100 mètres, son frère, le centre ou ailier Yves, à l'ouverture, et un junior, Francis Delonca, en troisième ligne à la place de l'immense Yvon Gourbal.
Et dire que ce jour là, onze joueurs australiens des test-matchs foulaient la pelouse de Brutus !
"Yves Castany avait été énorme en défense", rappelait André Bourreil, auteur d'un essai de soixante mètres, le troisième, dans "Une histoire du rugby à XIII en Roussillon", ouvrage paru en 2006. "Et Francis Mas et Edouard Duseigneur avaient cassé (sic) les deux piliers d'en face."
Déjà menée 12-3 à la mi-temps, l'Australie ne s'en était jamais remise.
64, année héroïque...